Le gouvernement britannique exerce directement le pouvoir en Inde à compter de la révolte des Cipayes de 1857 en révoquant les prérogatives de la Compagnie des Indes Orientales qui en était investie depuis 1756. Créé en 1885, le parti du Congrès représentait toutes les communautés religieuses, tant hindoues que musulmanes, selon un principe de laïcité. En réaction à ce principe de laïcité, la Ligue musulmane (All-India Muslim League) est créée en 1906 en vue de la préservation des intérêts des musulmans et d'un Etat réservé aux musulmans seuls.
Le nom Pakistan a une origine discutée. Il signifie « le pays des purs » en ourdou (pak, pur et stan, pays) mais pourrait aussi provenir de l'acronyme composé à partir du nom des provinces : Penjab, Afgania, Kashmir, Indus-Sind et BalouchisTAN.
Attribuée à Syed Ahmad Khan (1817-1898), homme politique musulman, ancien magistrat et créateur d'écoles et d'universités, l'idée d'un État séparé est formalisée par le poète et philosophe Allama Muhammad Iqbal (1877-1938) au cours d'un discours à la session annuelle de la Ligue musulmane en 1930 tenue à Allahabad. Le 23 mars 1940 à Lahore, la création d'un État séparé devient la position officielle de la Ligue musulmane, qui est présidée par Muhammad Ali Jinnah. Elle s'exprime dans ce qui sera appelée la déclaration de Lahore.
A ce propos, V. S. Naipaul, prix Nobel de littérature écrit, dans son livre Jusqu'au bout de la foi :
« Le nouvel Etat [le Pakistan] avait été créé en hâte et sans vrai programme. Il ne pouvait accueillir tous les musulmans du sous-continent ; c'était impossible. En réalité, il était resté plus de musulmans en Inde qu'il y en avait dans le nouvel Etat islamique. Celui-ci semblait plutôt destiné à affirmer le triomphe de la foi, à planter une épine dans le coeur du vieil Hindoustan. Quelqu'un se rappelait ce slogan sarcastique de 1947 : But kay rahé ga Hindustan/Bun kay rahé ga Pakistan, Aussi sûr que l'Hindoustan sera divisé/Le Pakistan sera fondé. »
« (...) Le Pakistan n'eut pas à payer le prix de son existence : il devint un satellite des Etats-Unis, ses divers régimes soutenus pendant la guerre froide. Il n'élabora pas d'économie moderne ; il n'en éprouvait pas le besoin. Au lieu de cela, il se mit à exporter sa population et se transforma, en partie, en économie de transfert.(...) On n'avait jamais vraiment réfléchi à la manière de diriger le nouveau pays. Tout devait découler du triomphe de la foi. Mais l'identité islamique, cause si puissante de la contestation avant la partition (...) ne pouvait à elle seule assurer la cohésion de l'incommode pays double. Le Bangladesh, ayant sa langue et sa culture propres, fit bientôt sécession ; puis tous ceux qui recherchait le pouvoir politique dans ce qui restait du Pakistan rivalisèrent d'islamisme avec leur rivaux. »
« On transforma sans conviction ni commodité les codes hérités des Britanniques, maîtres légistes du sous-continent. On y greffa des appendices islamiques.(...) le système jurique (...) se déglingua un peu plus. Les droits des femmes cessèrent d'être garantis. L'adultère devint un délit ; cela voulait dire qu'un homme qui souhaitait se débarrasser de sa femme pouvait l'accuser d'adultère et l'envoyer en prison. En 1979, on instaura les châtiments coraniques ; et bien qu'il n'y eût jamais d'amputation (les médecins s'y opposaient), le peuple adorait les flagellations publiques et s'y précipitaient. »
« L'islam définit par ses lois était restrictif, sévère et simple. Les textes n'étaient pas toujours appliqués. Comme les flagellations publiques en 1986, ils pouvaient être suspendus (malgré la demande populaire) ; ou éludés, tels ceux concernant l'alcool et le jeu. Mais les lois demeuraient toutes dans les livres ; et elles changeaient la nature de l'Etat. Elles encourageaient les attitudes rétrogrades.(...) »
« Toujours à l'arrière plan désormais, les intégristes - encouragés par l'extase de la création du Pakistan et, ensuite, par l'islamisation partielle du droit - s'efforçaient de ramener le pays davantage en arrière, jusqu'au septième siècle, jusqu'à l'époque du Prophète. Leur programme était aussi nébuleux que celui qui avait présidé à la naissance du Pakistan même : une vague notion de prières régulières, de châtiments coraniques, couper les mains et les pieds, voiler et cloîtrer les femmes, et donner aux hommes des droits luxurieux sur quatre femmes à la fois, dont ils pouvaient user et se débarrasser à leur gré. Et l'on s'imaginait que de la sorte, à partir d'une société bigote et fermée d'hommes sans instruction se livrant religieusement à la débauche, l'Etat se redresserait et la puissance lui serait dévoulue, comme elle avait accordée à l'islam des tout débuts »
« La création du Pakistan avait été proposée pour la première fois en 1930 par un poète, Mohammed Iqbal, lors d'unn congrès de le Ligue. Son discours est d'un ton plus mesuré et apparemment plus raisonné que les slogans de 1947, mais les pulsions qui le fondent sont les mêmes. Iqbal venait d'une famille hindoue récemment convertie ; et peut-être seul un nouveau converti pouvait parler ainsi. L'islam n'a rien à voir avec le christianisme, dit Iqbal. Loin d'être une religion de la conscience et de la pratique privées, l'Islam s'accompagne de certains "concepts juridiques". Ces concepts ont une "dimension civique" et créent un certain type d'ordre social. L'"idéal religieux" ne peut être séparé de l'ordre social. Par conséquent, la construction d'une république sur des bases nationales, si cela implique la disparition du principe islamique de solidarité, est tout simplement inconcevable pour un musulman. En 1930, république nationale signifiait république indienne, purement et simplement. C'est un discours extraordinaire pour un penseur du vingtième siècle. Ce que dit confusément Iqbal, c'est que les musulmans ne peuvent vivre qu'avec d'autres musulmans (...). Ce qui en réalité sous-tend cette revendication d'un Pakistan et d'une république musulmane,(...), c'est le refus par Iqbal de l'Inde hindoue. Ses auditeurs le comprenaient assurément(...). Dans le discours - capital - d'Iqbal, cette république est une abstraction poétique. Il faut l'accepter de confiance. Le nom du Prophète est même invoqué indirectement à l'appui de sa légitimité. Ce discours ne manque pas d'ironie aujourd'hui. Le Pakistan, à sa création, privait les musulmans restés en Inde de leurs droits civiques. Le Bangladesh est aujourd'hui indépendant. Au Pakistan même on parle de dissolution. La nouvelle république musulmane s'est révélée semblable au système ancien, celui que connaissait Iqbal : inutile d'aller bien plus loin pour trouver des gens aussi privés de parole et de représentation qu'en 193O, lorsque Iqbal prononçait son discours. »